La revue des Grandes Manœuvres

Gennetines, le 16 septembre 1898.

 

 

Préparation

 

Les travaux du génie ont fait du plateau qui se trouve derrière l’école d’agriculture une sorte de vaste désert où les troupes pourront évoluer.

 

 

Plan de la Revue

 

 Plan de la Revue des Grandes Manoeuvres à Gennetines

 

 

Les tribunes

 

De chaque côté de la tribune présidentielle, on a édifié deux autres tribunes, d’aspect misérable, destinées au conseil général, à la municipalité de Moulins et aux invités du ministère de la guerre et la préfecture. De ces tribunes, le public ne verra rien ou à peu près rien ! Deux autres tribunes de trois étages, mieux placées, ont été édifiées par M. Col, à Beauvoir (100 personnes) et aux Moreaux (600 personnes).

 

 

Le public

 

L’affluence des curieux est immense. Des milliers et des milliers de braves gens arrivent depuis la nuit, à pied, à bicyclette, à cheval, en carriole et en voiture ; auxquels il faut les troupes qui participeront à la revue.

 

 

Arrivée des officiers

 

A 8h, le général de Négrier fait son apparition, suivi par un brillant état-major. Le directeur des manœuvres parcourt rapidement le terrain pour rectifier l’emplacement des troupes. Pendant ce temps, les officiers étrangers, aux uniformes étincelants, descendent de voiture et se mettent en selle. Le général Freedichsz est salué par les cris répétés de « Vive par Russie ». Il fait un temps admirable et un beau soleil sous lequel les baïonnettes et les sabres scintillent de mille feux.

 

 

Arrivée du Président

 

A 10h, M. Félix Faure, chef de l’Etat, arrive en landau, encadré par deux escadrons de chasseurs et accompagné du Duc de Connaught à cheval et de l’état-major. Il passe les troupes en revue.

 

 

Le défilé

 

C’est le moment solennel que 100 000 patriotes attendent avec impatience pour acclamer l’armée. (Rappelons que la France est plongée dans l’Affaire Dreyfus).

 

Le défilé commence : Les officiers, les drapeaux puis la troupe par quatre compagnies de front, puis les cyclistes, l’artillerie, la cavalerie et enfin la charge finale.

 

Malheureusement le terrain complètement desséché se pulvérise sous les pieds des soldats et un épais nuage de poussières les enveloppe. Les spectateurs ne voient rien, absolument rien, mais applaudissent et quand les quatorze régiments : cuirassiers, dragons, chasseurs, hussards, flanqués de l’artillerie, s’arrêtent et présentent le sabre, un immense cri « Vive l’armée, Vive la France ! » retentit.

 

 

Le déjeuner

 

Les 146 invités du Président se sont retrouvés sous une tente dressée dans la cour de l’école d’agriculture et ornée avec beaucoup de goût et d’ingéniosité de drapeaux et d’attributs militaires.

 

Un drapeau est en face du Président, les lettres RF sont tracées en mousse et en fleurs.

 

Ils ont pu savourer le menu suivant :

 

• Truite saumonée sauce verte

 

• Filet de bœufs financière

 

• Jambon d’York à la gelée

 

• Faisan rôti sur canapé

 

• Chaud-froid de poularde

 

• Salade Russe

 

• Bombe glacée

 

 

A l’issue du déjeuner, ils ont écouté et applaudi les toasts de général de Négrier, du Président Félix Faure et du Duc de Connaught.

 

 

Puis le Président quitte Gennetines : la revue est terminée.

 

Il est difficile de s’imaginer cette foule de curieux et de militaire stationnés à Gennetines et regagnant ensuite Moulins par les deux chemins, non goudronnés, avec des chevaux, bicyclettes et pour beaucoup à pied.

 

« Ces manœuvre ont présenté pour la France le réconfortant spectacle de troupes vaillantes, disciplinées, aguerries, rompues à leurs métier, infatigable sous un soleil de feu et prêtes à affronter, au premier signal, toutes les fatigues comme tous les dangers d’une guerre véritable ;

 

Les manœuvres ont été exécutées avec entrain, vigueur, science et méthode.

 

Tous ont rivalisé de maestria et d’ardeur, sentant peser sur eux les regards de pays attentif et fier et de l’Europe jalouse.

 

Nous avons une armée forte animée du plus pur patriotisme et de l’esprit du devoir ; nos chefs d’armée vigoureux, habiles, instruits et bienveillants ont brillamment fait leurs preuves sur les champs de bataille ;

 

Nous comptons comme allié le plus puissant empire d’occident (la Russie), nos ressources sont inépuisables, nous avons repris par un labeur incessant notre place dans le monde, nous pouvons espérer des jours meilleurs, attendre sans craintes ni forfanterie le retour de la guerre. »

L’écho de Paris.

 

 

Anecdotes

 

Le député de Cher, M. breton, ne s’étant pas découvert assez tôt pour saluer les drapeaux a été pris à partie par la foule et à été expulsé.

 

 

A moment où le Président venait de passer les troupes en revue, des curieux à Beauvoir virent déboucher un lapin.

Une cinquantaine de personnes se mit à le traquer et le lapin se réfugia sous la jupe d’une dame.

La dame saisit le rongeur qui fut occis sur-le-champ. Un gendarme arriva et dit solennellement « Je vous dresse PV, pour chasse sans permis ».

« Mais Monsieur », répondit la dame, « la faute n’est pas à moi, c’est le lapin qui a commencé ».

 

 

Poème d’un Bourbonnais, Gustave Raynaud, dédié aux soldats :

 

« Allons, tous en avant, gais clairons et tambours !

Escortez le drapeau de l’unique espérance,

Et vous, jeunes soldats de notre chère France,

Marchez tous fièrement sous vos luisant sacs lourds. »

 

 

Références :

 

A.D., Courrier de l’Allier, La Dépêche de l’Allier, L’indépendant de l’Allier.

L’écho de Paris, Collections Clément 9J56.

 

Nous remercions M. Paris pour les documents fournis.

 

 

 

Histoire écrite par M. Raymond Malbrunot et M. Michel Mauve (parue dans le bulletin municipal 1999).