L'histoire des intempéries

2003 aura été dans la mémoire comme l'année de la grande sécheresse, mais notre mémoire personnelle ne nous ramène qu'aux années 1947 et bien sûr en 1976 pour la chaleur et la sécheresse.

Puis elle continue à nous faire penser à 1956-1963 et bien sûr 1985 pour les rigueurs de l'hiver.

 

 

Le triste spectacle des prés grillés et des bêtes cherchant l'ombre a provoqué un vaste élan de solidarité à tous les échelons. Dans ce mouvement les agriculteurs de la coordination rurale ont tenu à apporter leur pierre. C'est ainsi que les céréaliers de Seine-et-Marne ont organisé un convoi de tracteurs pour transporter 77 tonnes de pailles dans le Puy-de-Dôme et ont fait étape à Gennetines chez Olivier de Colbert.

 

Je voudrais ici porter à votre connaissance quelques effets de la climatologie de notre département et même en Europe depuis environ 3 siècle et demi, ceci à travers les écrits des curés dans les registres paroissiaux, des maîtres d'école dans leur cahiers, des chroniqueurs de l'époque ; sans oublier les famines dues à ces effets climatologiques.

 

1658 : hivers rigoureux, gel du 04 janvier au 20 février (45 jours)

1693 : du 22 décembre 1692 au 09 février 1693 soit 49 jours avec grande neige.

 

On pouvait traverser l'Allier sur la glace, même avec un chariot pendant les hivers suivants :

1608 - 1628 - 1658 - 1660 - 1694

1709 - 1718 - 1734 - 1755 - 1766 - 1788

1813 - 1829 - 1847 - 1870 - 1879

 

1694 : il y eut une grande famine due à de fortes gelées tardives.

Le curé de Saint-Prix note que les gens mangent l'herbe dans les pairies, du pain de fougère, qu'ils perdent la raison, voient des fantômes et perdent la mémoire alors que certains voulaient manger leurs enfants.

 

1696 : Une année retardée, la moisson ne commence que 15 jours après la Saint-Jean.

"Les chenilles mangèrent tous les arbres, et les ayant excommuniés, il n'en parut plus 3 jours après"

(Le curé de Saint-Prix)

 

1701 - 1702 - 1705 : fortes gelées tardives suivies de sécheresses désastreuses.

 

1706 : Sécheresse intense, la récolte est passable.

 

1707 : Année pluvieuse, inondation de tous les cours d'eau.

 

1708 : Grande pluviosité, fourrage et moisson périssent.

 

Le curé de Beaulon note que la Loire ressemble à une mer qui va du bourg de Beaulon au Fourneau.

 

 

Nous arrivons à l'année 1709 qui fût notée comme le "grand hivers" suivi d'une famine pire qu'une épidémie de peste.

 

Suite aux intempéries des années précédentes, les récoltes et les stocks furent maigres.

Ce qui a causé le plus de dégâts furent  plusieurs vagues de froid (-7° à -24°C) intense suivies de dégel pendant 2 mois entiers.

En certaines régions, ils subirent "6 hivers en 4 mois".

 

Les blés emblavés, non protégés par la neige, déracinés par les gels et les dégels, tués par le froid, se desséchèrent et moururent. De janvier à fin février, il y eut d'abondantes chutes de neige : jusqu'à 4 pieds (1,30 mètre)

 

D'autre part, la France était en guerre contre l'Europe suite à la succession du trône d'Espagne.

 

Le peuple était soumis à toutes sortes d'impôts si bien que la pauvreté était immense (fin du règne de Louis XIV).

La pomme de terre n'était pas arrivée en Europe et la nourriture de base était le pain, la soupe de rave, de pois, de poireaux et d'oignons.

Les moyens de conservations étaient : le salage, le fumage et le séchage.

Les transports de marchandises étaient rares et lents sur des chemins peu sûrs, ou fluviaux et les brigandage étaient importants.

Toute l'Europe était dans la tourmente.

 

 

Les conséquences

 

Le bétail périt en grande quantité dont environ la moitié du bétail français.

 

Les arbres forestiers gelaient jusqu'à l'aubier, particulièrement les chênes, les lauriers, les châtaigniers, les pommiers, les poiriers, les noyers,...

 

La vigne disparut de plusieurs parties de la France. Fait unique : la mer avait gelé sur la côte provençale.

 

L'alcool gèle dans les maisons même chauffées (il n'y avait pas les moyens actuels pour se chauffer ou se protéger).

 

Les écoles fermèrent, l'encre gelait dans les encriers. Le pain gelait sur la table au fur et à mesure qu'on le coupait.

 

Les chênes n'eurent pas de gland pendant 2 ans (c'était la nourriture principale des porcs qui, à l'époque passaient dans les bois).

Les loups affamés envahirent les villes et les campagnes. Les vaches, les chèvres, les moutons et les volailles moururent en pleines étables jusqu'aux lapins dans les terriers.

La mortalité humaine devint effrayante dans toutes les classes de la société : affection respiratoire, scorbut, dysenterie, fièvre pourpre...

 

On se nourrit de n'importe quoi, d'avoine, d'herbe cuite, on faisait du pain de fougère concassée mêlé de 1/3 de son.

On faisait du potage de gui, d'ortie, de chardon, de limaces, d'ordures ; on va jusqu'à manger de la viande de charognes mortes depuis 15 jours.

 

"Toutes sortes de personnes dans les pairies pâturèrent comme des bêtes, semblable à des squelettes".

 

Les gens quittèrent leur maison, leur village, partirent mendier évidemment sans succès et moururent n'importe où, ne sachant même plus leur nom, on enterre grands et petits, dans les églises car la terre était trop gelée pour être creusée.

 

 

Dans le Bourbonnais

 

Les pauvres se répandirent sur les routes et les villages, d'où pillages, meurtres, incendies...

 

Paray-le-Frésil : Les charognes les plus puantes sont ramassées et mangées jusqu'aux animaux morts de maladie.

 

Diou : Perte de la moitié de la population.

 

Tronget : passe de 800 à 50 habitants.

 

Meillers : 160 habitants, 45 décès morts dans les bois et les champs.

 

Molinet : Tous les habitants étaient partis manger ailleurs, tous les animaux avaient été mangés, même les chiens, les chats et ... les rats.

Les femmes étouffèrent leurs enfants de craintes de ne pas pouvoir les nourrir.

 

Franchesse : 600 habitants, 120 décès.

 

Bellenaves : 64 décès, les morts furent enterrés sous le porche de l'église, la terre étant trop dure.

 

Dans d'autre village, il ne restait plus que le curé et 2 ou 3 personnes.

 

 

Il faut arrêter l'énumération de la catastrophe, elle est interminable...

 

1765 : Il gela du 21 décembre 1764 au 11 février 1765 (50 jours de gèle)

1789 : il gela de 9 novembre 1788 au 10 janvier 1789 (62 jours de gèle)

1790 : il y eut de forte pluies, l'Allier déborde et monte jusqu'au carrefour de la rue de la flèches et de la rue d'Allier (on voyait encore en 2000 la marque de cette inondation à l'intérieur de la chapelle de l'école Saint-Gilles).

 

 

Bellenaves : Notes de l'instituteur

 

1830 : neige du 21 décembre 1829 au 18 février 1830, la glace avait 1,30 mètre d'épaisseur.

1834 : il y eut une chaleur excessive et sans pluies de mai au 15 septembre. Beaucoup de maladies occasionnées par "l'intempérature" de la saison qui avait ravagé quelques uns de nos habitants, surtout les vieillards et les enfants.

1837 : l'hiver a duré du 09 octobre 1837 au 27 mai 1838.

1838 : chaleurs excessives.

 

 

Gennetines : registre du conseil municipal

 

1839 : 6 mois de sécheresse.

10/02/1878 : suite à de fortes pluies, le chemin des Thureaux est devenu impraticable.

20/02/1879 : un ouragan a provoqué des dégâts à la toiture de l'école des filles.

Décembre 1879 : l'hiver est très rigoureux. Les travaux agricoles sont arrêtés. Ill est impossible d'occuper les gens à des travaux communaux. 52 personnes indigentes admises au service médical gratuit. Députés et sénateurs ont voté 5 000 000 F pour venir au secours des personnes nécessiteuses. Gennetines aura 522 F.

05/09/1880 : toute la commune a été ravagée par les orages, le préfet offre 100 F de dédommagement pour les personnes nécessiteuse qui se trouve en grand nombre.

1898 : sécheresse excessive, à Gennetines, le défilé de la revue des grandes manœuvres n'était pas visible suite à la poussière soulevée.

 

Histoire écrite par M. Michel Mauve (parue dans le bulletin municipal 2003).

 

Sources :

Brasmard : Climatologie de la région Moulinoise : "Le grand hiver de 1709".

Bulletin de la société Bourbonnais des études locales.

Registre des délibérations du conseil municipal de Gennetines.